« Le Nord passe à côté de dizaines de milliers d’ouvrages publiés en Afrique »

« Abu Dhabi – Préparatifs d’exposition – 13-03-2011 – 18h10 » (Crédits : Panoramas, 2012. Certains droits réservés)

Entretien d’Anne Bocandé avec Raphaël Thierry pour le site Africultures.com

Anne Bocandé : “Il n’y pas une édition de littérature africaine mais différents espaces d’édition correspondant à des champs et à des marchés plus ou moins étendus” écrivez-vous dans l’ouvrage Le marché du livre africain et ses dynamiques littéraires. Comment expliquez-vous tout d’abord l’absence relative de documentation sur ces espaces éditoriaux ?

Raphaël Thierry : Je vous remercie pour cette question. Vous avez raison de souligner l’aspect « relatif » de l’absence de documentation. Il serait en effet aberrant d’affirmer qu’il n’y a pas de documentation consacrée au livre en Afrique. La documentation sur le sujet est immense, et ancienne. Elle est toutefois très peu visible, et malheureusement peu attractive. Dès lors, il s’agit plutôt de s’interroger sur ce manque d’attractivité des ressources. Il y a plusieurs hypothèses possibles : la force des habitudes et les préjugés à l’encontre des cultures écrites en Afrique, la concurrence et les relations de force dans un monde éditorial de plus en plus capitalisé, l’étanchéité entre les mondes linguistiques, ou encore le phénomène de l’immédiateté technique de l’accès à l’information : on parle en priorité de ce à quoi on a le plus directement accès.

J’aimerais préciser un peu ces différents éléments : n’est-il pas frappant que Victor Hugo, un des plus grands écrivains français, ai aussi été un des plus fervents militants de la colonisation française en Afrique, ce « bloc de sable et de cendre », comme il l’appelait ? Au Nord, on a très tôt enfermé l’Afrique dans une enfance artistique, culturelle, et littéraire permanente. Tout y était naissant, en devenir. S’est-on souvenu que le livre y existait depuis près de mille ans, et les plus anciennes traces écrites attestées depuis 5000 ans ? A-t-on retenu que l’Éthiopie avait développé un syllabaire dès le 5ème siècle de l’ère chrétienne et près de deux siècles avant l’ère musulmane ? De même, qui se rappelle aujourd’hui que les pionniers de l’imprimerie en Afrique subsaharienne étaient des pasteurs jamaïcains ? Il y a une conception racialisée du monde qui s’est imposée à nous, à l’intérieur même du champ littéraire français, justifiant les hiérarchies, les relations de domination culturelle et, aujourd’hui, le mépris éditorial […]

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