FAQ édition africaine #2 – que peuvent faire les éditeurs africains face à la concurrence du Nord ?

Illustration : « FAQ ». Crédits : airpix, 2017 (certains droits réservés.)


L’édition africaine reste, curieusement, un sujet qui suscite bien des questionnements généraux, parfois naïfs. Jamais inutiles cependant, si l’on prend un peu le temps d’y réfléchir. Après tout, ne devrions-nous pas déjà oublier le terme « d’édition africaine » mais plutôt parler « d’édition camerounaise », « édition nigériane », « édition algérienne », etc. ? Alors que la foire du livre de Francfort s’ouvre aujourd’hui même, laissant les éditeurs africains dans l’ombre de la littérature francophone publiée en France, j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant de proposer une forme de Foire Aux Questions et de tenter d’y apporter des éléments de réponse, du moins à la hauteur de mon point de vue. Cette FAQ est publiée en série sur EditAfrica. Voici la seconde touche.

Question : que signifie « édition de littérature africaine » au Nord ?

Il s’agit avant tout d’une question de géographies. Si je prends les exemples britanniques et français, les éditions nationales y ont redynamisé leurs corpus dès les années 1950 en intégrant largement les littératures africaines dans leurs catalogues (Heinemann et le Seuil en sont les exemples les plus fameux). Aujourd’hui, penser « littérature africaine » relève d’une cartographie mentale biaisée, car façonnée par une édition du Nord qui a su capter et faire rayonner des grands auteurs africains selon des politiques éditoriales visant un lectorat au Nord. Néanmoins, avec l’essor de le pensée postcoloniale depuis les années 80, l’édition africaine trouve une place dans la réception et la critique littéraire, même si celle-ci reste encore de portion congrue et quelque peu « exoticisée », particulièrement en France. Il est important de parler de la production littéraire africaine, mais celle-ci doit concerner l’édition continentale au même niveau que l’édition extérieure (européenne et états-unienne en premier lieu). Combien de grands textes littéraires produits en Afrique échappent à nos bibliothèques, à nos librairies ? Quelque part, nous sommes les premiers perdants au Nord, en ne lisant que ce qui est produit sous nos fenêtres… Les littératures africaines ne sont pas représentées par le quartier latin à Paris, loin s’en faut !

Question : Que peuvent faire les éditeurs africains face à la concurrence des éditeurs du Nord ?

Je ne saurais répondre à cette question. Si la solution était simple, il y a longtemps que les éditeurs auraient eux-même résolu ce problème sans attendre les « recommandations » d’un universitaire travaillant au Nord. Il est toutefois intéressant de rappeler le contre-exemple que représente la Côte d’Ivoire, dont les appels d’offre pour les programmes scolaires s’adressent aux éditeurs nationaux. Aujourd’hui, l’édition ivoirienne (du moins ses grandes maisons d’édition) génère d’important flux financiers. Concernant la problématique plus large du scolaire, il faut simplement toujours rappeler le rôle joué par la Banque Mondiale depuis la mise en place des Plans d’Ajustement Structurel en Afrique dans les années 80. Je retournerai cette question en demandant : que peuvent faire les institutions monétaires internationales pour réduire la mainmise de l’édition du Nord en Afrique ?

A suivre avec la FAQ #3

 

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