En direct #2 : la France, un si bon marché pour les écrivains africains ?

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En attendant la publication d’un article sur cette question, il nous a paru important de créer un billet ouvert à discussion.

L’édition africaine en France : portraits d’Elsa Schifano (L’Harmattan, 2003), est à ce jour et à notre connaissance le seul ouvrage ayant abordé cette problématique[1].

Le marché du livre français a incontestablement favorisé l’éclosion de célébrités littéraires africaines, grâce à des maisons d’édition comme Le Seuil, Gallimard ou Hatier.

Mais pour un écrivain qui accède à la notoriété et à un succès de librairie (Alain Mabanckou, Léonora Miano, Calixthe Beyala, pour ne citer que ces derniers), combien de ses homologues obtiennent des refus du service des manuscrits des éditeurs « en vue » ?

Comment travaillent les écrivains africains avec les éditeurs français ?

La solution bis du compte d’auteur chez des éditeurs français est-elle plus avantageuse que chez un éditeur africain ?

Nous reprenons plusieurs extraits d’un entretien entre Tierno Monémembo et Françoise Cévaër :

Quel est, selon vous, le rôle d’un éditeur ?

C’est d’éditer, tout simplement. Ces dernières années, l’éditeur a peut-être eu trop tendance à influer sur l’esprit même de la littérature, sur son contenu. Il commence à avoir un pouvoir qui, à mon avis, ne lui revient pas. Son véritable rôle, c’est d’éditer et d’assurer la promotion du livre ; c’est tout. Ce n’est pas de jouer au maître d’ordre qui indiquerait que tel courant littéraire… En fait, par un jeu de sélection, l’éditeur a de plus en plus tendance à fabriquer la littérature au lieu de fabriquer des livres.

[…]

Quel sont les avantages à être publié par une grande maison d’édition ?

Ah ! l’un des nombreux avantages c’est que l’on s’y fait des amis. Il y a beaucoup d’écrivains très intéressants qui publient au Seuil ; des jeunes auteurs à la fois français et francophones. C’est donc un cercle très intéressant. Parce que très souvent si vous allez dans une maison d’édition spécialisée dans la littérature africaine, on vous met dans une sorte de ghetto africain. Or, le but de la littérature c’est justement de casser les ghettos. C’est aussi une des grandes maisons de la place, connue dans le monde entier et qui promeut très bien ses auteurs. Et puis au Seuil, on est sûr d’être payé…

Et quels sont les désavantages ? Est-ce que vous en voyez ?

Le désavantage, qui n’en est peut être pas un d’ailleurs, ce serait d’être un écrivain mineur et de publier chez le même éditeur, et parfois en même temps que les grands monstres de la littérature mondiale. Ça peut être très gênant quand votre roman paraît en même temps que celui de Duras ou Beckett, parce que vous pouvez être pratiquement sûr que la presse ne vous fera aucune place.

 

Cévaër (Françoise), « Interviews d’écrivains, Monémembo Tierno », dans Ces écrivains d’Afrique noire, Nouvelles du Sud, n°29, 1998, p. 110.

La réflexion est ouverte…

 


[1] Ndlr 2016 : les thèses et travaux de Sarah Burnautzki, Abdoulaye Imorou, Ruth Bush et Claire Ducournau ont fort heureusement été publiés depuis.

 

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