Quand l’édition africaine nous passe sous le nez


« The World of Science », illustration issue de WorldMapper.org

Dans un article tout juste publié par Ina Global, j’ai proposé une analyse consacrée à la perception de l’édition continentale « hors Afrique ». J’y ai  proposé des données qui me semblaient éclairantes de la situation contemporaine, mais aussi passée.

Ce que j’essaie de souligner dans mon article, c’est que d’un point de vue conceptuel, « l’édition africaine » est avant tout une perception artificielle, le plus souvent calibrée à l’aune de la méconnaissance des subtilités nationales. Difficile à priori de parler d’édition africaine d’un point de vue global lorsque 54 pays proposent des situations du livre tout à fait différentes. Pour cette raison, j’évoque une comparaison avec l’édition européenne comme un ensemble tout aussi chimérique.

Surtout, je me base sur un postulat aussi évident que problématique : on n’a accès qu’à très peu de données statistiques sur l’édition dans les différents pays d’Afrique. Ce faisant, les chiffres les plus évidents sont ceux de l’export du livre français (dans le cas de l’Afrique francophone).

Faute de pouvoir quantifier la production éditoriale des différents états (contentons-nous ici des pays francophones), on relègue alors artificiellement les marchés africains du livre dans les marges de l’économie globalisée, centralisée par les places fortes du livre, essentiellement basées au Nord.

Ici et là pourtant, on remarque des opérateurs développant efficacement des activités de diffusion, distribution, lobbying éditorial dans le monde.

Les succès économiques et éditoriaux sont nombreux en Afrique, mais le refrain des difficultés de l’édition vampirise tout le spectre des réalités. Oui, des éditeurs africains développent professionnellement des catalogues, promeuvent des œuvres avec succès, obtiennent des prix dans et hors de leurs pays. Oui, de nombreux éditeurs africains travaillent sans nécessairement prendre modèle sur le Nord et en visant en priorité leur marché national.

Surtout, oui, nous ne connaissons presque rien de l’immense diversité littéraire et éditoriale impulsée à travers le continent africain. Étrangement, si je pense « livre-Afrique », l’image d’une bibliothèque vide à remplir grâce à des ONG s’impose plus facilement dans mon esprit de français, que celle d’éditeurs publiant des bandes dessinée, des romans, des essais sur des supports numériques alimentant des librairies en ligne (par exemple). Ça vaut peut-être le coup de s’interroger sur tout ce que l’on perd, faute d’y accorder assez d’importance…

Et ce faisant, l’émancipation de l’édition africaine dont il est question dans le titre de l’article est avant tout une émancipation hors des préjugés et autres raccourcis malvenus, et trop longtemps entretenus par l’ignorance. La diversité commence aussi par nous-mêmes ! Lisons un peu plus hors des cadres !

Quelques éléments de réflexion, à lire donc sur Ina Global ce mois-ci, en suivant [ce lien].

Raphaël Thierry



 

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