Carnet de route #2 : géopolitique du livre africain francophone (1950-1980)

Illustration : « Forgotten places » (2009). (Crédits : Rody09)


Par Raphaël Thierry

Cette réflexion constitue la base d’un article plus vaste consacré aux enjeux périphériques de l’édition de littératures africaines durant la période 1950-1980 (à paraitre en 2018/2019).

Dans cet article, j’analyse le rôle d’opérateurs institutionnels, politiques et philanthropiques dans l’économie du livre africain. J’y propose des clefs d’interprétation de la période contemporaine à partir des mouvements éditoriaux survenus dans la période d’après-guerre (39-45). Mon objectif est de déplacer le regard et l’analyse, des textes et nouveautés littéraires, vers un plan géopolitique qui, jusqu’à aujourd’hui, influence fondamentalement les dynamiques littéraires africaines. L’enjeu central de cette réflexion est d’explorer ces régions oubliées de la mémoire du livre africain, où des opérateurs aujourd’hui effacés ont pourtant joué un rôle décisif dans l’organisation d’un marché du livre francophone, dont l’institution centrale ne pouvait représenter un contre-pouvoir.

Le premier point représente une forme d’interrogation sur « l’objet livre », et ce « livre africain ». J’y propose un panorama de différentes évolutions éditoriales  françaises depuis l’essor de la profession d’éditeur, à travers notamment les modifications technologiques et le développement du marché du livre français, qui a toujours affiché une dynamique de centralisme. Dans cette partie, j’essaie de lier l’évolution du marché français avec les enjeux du corpus de littératures africaines, qui voient les auteurs africains francophones accéder massivement à l’édition française à partir des années 1950, jusqu’à ce que, suite à maints hauts et bas, nombre de ces derniers accèdent à une forme de « starification » au sujet de laquelle les celebrities studies nous offrent aujourd’hui d’intéressants outils d’analyse des phénomènes opérants. La question que je me pose dans cette première partie concerne par ailleurs la double ambiguïté d’un corpus littéraire publié en France : d’une part, les meilleurs succès littéraires « africains » demeurent encore aujourd’hui des succès modestes comparés aux best-sellers du marché français ; d’autre part, cette littérature africaine éditée en France prend place dans un contexte de capitalisation galopante de l’économie du livre observée en France depuis les années 1980. Je souligne ici la zone grise de littératures du « décentrement intellectuel » (postcolonial, francophone, « Tout-Monde », etc.), formalisée à l’intérieur d’une économie du livre francophone toujours restée centralisée en France. J’y souligne par ailleurs l’oubli relatif qui entoure différents courants alternatifs apparus depuis la décolonisation, et qui ouvraient d’autres directions économiques. Parmi celles-ci notamment : les foires du livre africain organisées par l’Unesco dans les années 1960 ou la Foire du livre de Francfort 1980. J’y formule l’hypothèse d’une mondialisation littéraire à temps partiel où, finalement, la géographie économique francophone n’a pas été vraiment modifiée au cours des dernières décennies, mais plutôt intégrée au phénomène de concentration économique de l’édition du Nord.

Ceci me permet alors de développer mon deuxième point qui concerne les années 1950, lorsque les littératures africaines ont été intégrées aux catalogues français, ceci répondant, certes, à un changement de « l’esprit du temps », mais aussi (et peut-être surtout) aux impératifs d’une économie du livre français d’après-guerre à la recherche impérative d’un « second souffle ».

[Lire la deuxième partie de ce carnet de route]


 

3 Commentaires

  1. […] Le premier article s’intéressera donc au contexte géopolitique de l’essor du marché du livre en Afrique francophone, dans la période 1950-1980. […]

  2. […] cette seconde partie de mon article consacré aux enjeux géopolitiques du marché du livre africain francophone, Je reviens au contexte littéraire des années 1950. On observe à cette époque un essor sans […]

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