Quelques points sur le livre, l’édition et la diffusion au Cameroun

L’édition au Cameroun

– Des difficultés à travers la production et la consommation du livre local entrainent une consommation du livre extérieur très majoritaire. Dans les librairies et les bibliothèques, le rapport de 90% / 10% est avancé. Il faut avoir dans l’idée que, au Cameroun, l’édition scolaire est quasiment monopolisée par des entreprises françaises : Hachette, Edicef,  Belin, Nathan. Reprenant le propos de Roger Kaffo, enseignant à Dschang :

« Saint-Exupéry disait que  « l’avion nous prolonge pour nous permettre de mieux conquérir et domestiquer l’espace » donc le livre est justement un prolongement de notre pensée, étant entendu que la pensée, comme on dit à travers la parole, fabrique le matériel, c’est elle qui transforme le monde, et donc, tant que nos sociétés ne vont pas comprendre que le livre est un élément central de cette production de la pensée qui, finalement, produit le monde, nous demeurerons le résultat de la pensée venue d’ailleurs ».

– Parler de la production du livre au Cameroun, c’est aussi parler de son coût : le Cameroun ne produit pas de papier, déjà ; par ailleurs, l’importation des intrants nécessaires à la conception du livre se heurte au non-respect de la part de la douane camerounaise des accords de Florence et de leur protocole de Nairobi (1956 et 1976) rédigés par l’Unesco et pourtant ratifiés par le Cameroun. Ces accords exonèrent de frais de douanes les produits nécessaires à la production du livre. Conséquence : un livre produit localement ne reviendra pas moins cher qu’un ouvrage produit à l’étranger, par exemple.

– La piraterie incontrôlée est une des grandes pesanteurs qui accablent l’édition camerounaise. Aujourd’hui, en se rendant aux librairies du poteau, sinon dans les bourses au livre, on peu entendre un bouquiniste demander aux parents venus acheter les livres scolaires pour leurs enfants s’ils désirent l’original, ou le faux. La différence de prix est quelquefois entre les deux de 2000 FCFA pour un livre de qualité quasi équivalente. Quel parent accepterait de mettre 1000 ou 2000 FCFA de plus pour un livre plus ou moins similaire, en tous cas dans son contenu ? Les mécanismes dont les professionnels se sont jusqu’à présent servis et qui consistent à traquer les pirates en se servant des forces de l’ordre se sont montrés inefficaces et inopérants. Les éditions CLE, par exemple, estiment leur manque à gagner à près de 50 millions de FCFA par an, à cause de la piraterie.

– Du point de vue de sa répartition géographique, l’édition camerounaise pose tout un problème : la quasi totalité des éditeurs francophones est basées à Yaoundé : on y trouve une grande variété éditoriale allant de l’éditeur historique CLE à la récente maison d’édition Ifrikiya en passant par plusieurs éditeurs originellement universitaires (PUY, initialement créées dans le cadre du projet Unicam 2000 de la coopération française, PUCAC, AES) qui ont également des collections littéraires, sinon de sciences sociales, sciences humaines… On note également un éditeur jeunesse : Tropiques, ainsi qu’un éditeur de poésie : Lupeppo. Nous n’oublions pas non plus l’éditeur étatique SOPECAM (la Société de Presse et d’Édition du Cameroun), ainsi qu’Afredit. Côté Littoral, quelques exceptions sont recensées à Douala (Les Cahiers de l’Estuaire, Aceda, Passerelle), aucun autre éditeur n’a été remarqué en dehors des deux capitales administratives et économiques. Au niveau des provinces de langue anglaise, Buea et Limbe au Sud-Ouest hébergent une forte présence de l’édition scolaire (les éditeurs locaux Cosmos et Anucam educational books et les antennes des éditeurs du Nord Macmillan et Cambridge), très peu de contacts ont été enregistrés entre le Sud-Ouest et la zone du Nord-Ouest et son chef lieu Bamenda. Par ailleurs, aucun éditeur généraliste n’a été remarqué dans le Sud-Ouest. La question de la répartition éditoriale se pose avec force lorsqu’il est question de la production du livre au Cameroun : le centralisme de Douala et Yaoundé en terme éditorial n’offre que peu d’alternatives aux auteurs et écrivains de langue française, qui ne sont pas dans les deux provinces et les échanges avec la partie anglophone semblent quant à eux se limiter pour le moment à une participation associative, mais aucune coédition, traduction n’est enregistrée à ce jour, à notre connaissance.

– La question des associations d’éditeurs fait école au Cameroun : deux associations (l’Association des Editeurs Camerounais, le Réseau des Editeurs Camerounais) se partagent le paysage éditorial du pays. Ces deux associations fonctionnent dans leurs sphères respectives et il semble que la concurrence associative à l’heure actuelle soit plus proche de la rivalité que de la stimulation. L’African Publisher Network possède pour sa part un bureau au Cameroun depuis 1992, mais depuis quelques années son activité semble relativement réduite. L’Alliance Internationale des Editeurs Indépendants est également présente au Cameroun, les éditions AES prennent notamment part à la collection « Enjeux Planète » avec 12 autres maisons d’édition africaines francophones.

– Évoquant le réseau associatif, nous pouvons mentionner que les bibliothèques universitaires fonctionnent plus à travers un réseau panafricain. Les librairies travaillent pour leur part en relative autonomie, une association a bien existé mais il semble que cette dernière ne soit plus vraiment effective aujourd’hui. L’Association Internationale des Libraires Francophones offre pour le moment le réseau le plus solide pour les librairies de la place, en septembre 2007 une cession de formation a notamment été tenue au Centre Culturel Français de Yaoundé.

Le Compte d’Affectation Spécial

La question de l’environnement institutionnel fait débat. En 2001, le 5 décembre précisément, est créé le « fond d’affectation spécial » destiné à « encourager la création littéraire et artistique camerounaises » et initialement pourvu d’un budget d’un milliard de FCFA. Au niveau de l’aide au livre, l’utilisation par le ministère de la culture fait aujourd’hui scandale : ce compte consiste à aider les auteurs à publier leurs manuscrits, or, très peu des ouvrages « publiés » grâce à ce fond sont visibles en librairie. Ce compte est à la base une aide à la création, non une aide à l’édition, et il ne semble pas que son utilisation soit très pertinente en ce sens qu’elle n’aide aucunement l’éditeur, qui est, rappelons le, le maillon central de la chaîne du livre.

La diffusion / la distribution

Sur ce point, il est surtout à signaler que la diffusion et distributions peuvent représenter jusqu’à 40% du prix du livre pour l’éditeur. La diffusion qui consiste dans le traitement intellectuel des stocks n’est pas encore une activité très développée au Cameroun, on trouve par ailleurs quelques distributeurs dont le principal se trouve être Messapresse, Passerelle et Aceda participent notamment à cette activité, mais il faut noter que pour de nombreux éditeurs, la majorité des ventes au Cameroun tient plus du porte à porte que de véritable contrats de diffusion/distribution.

Les médias

Le journal Patrimoine dirigé par Marcelin Vounda a permis à de nombreux textes de commencer à réellement circuler et à se faire connaitre entre 2000 et 2007, la revue Terroirs dirigée par Fabien Eboussi Boulaga, ou encore la revue Hiototi dirigée par Jean Claude Awono, tiennent aujourd’hui aussi une grande importance dans le paysage périodique et culturel du pays. Au niveau de l’actualité littéraire et culturelle, on peut noter les journaux que sont Enjeux, Le Messager, Le Jour, La Nouvelle Expression, ainsi que Radio Satellite qui programme une émission littéraire intitulée « feuilles libres ».

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