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Liseuses électroniques en Afrique : enjeux et questions

14 avril 2012 2 commentaires

01/04/2012 : « Un point sur l’utilisation des liseuses électroniques en Afrique »

Michel Tucato, spécialiste des technologies de l’information et de la communication et des questions d’éducation à la Banque Mondiale s’interroge sur les enjeux actuels du numérique dans les pays à faibles revenus : « Comment [y] introduire des livres et des liseuses électroniques [...] et est-ce une bonne idée ? »

Une piste largement explorée par l’ONG Worldreader qui s’efforce, avec ses partenaires, « de permettre à des enfants et à des familles, dans le monde en développement, d’accéder à des millions de livres ». Les travaux de Worldreader sont partis d’une question : Que se passerait-il si nous poussions l’offre de liseuses ?

D’après M. Tucato, « [b]eaucoup d’organisations donnent des livres à l’Afrique, parfois depuis des décennies. D’une certaine façon, l’objectif de Worldreader est d’adapter au XXIème siècle une pratique qui existe depuis longtemps déjà ».

L’enjeu serait de taille : « la possibilité d’accéder à beaucoup de livres sur une liseuse accroît la probabilité que les enfants trouvent quelque chose d’intéressant à lire et qu’ils lisent ».

L’ONG a donc mis l’accent sur la formation des acteurs locaux, enseignants et formateurs pour « aligner cette initiative sur les évolutions en cours dans le système éducatif formel ».

Worldreader réfléchi notamment à l’alternative du téléphone portable pour intégrer les livres électroniques : une application pour téléphone mobile (en lien) a été élaborée, permettant de récupérer et de lire les livres numériques distribués par l’ONG.

M. Tucato pose une question essentielle : « Tout cela est bien joli, mais la vraie question est : que peut-on lire avec ces liseuses numériques, surtout si les ressources pédagogiques locales ne sont pas (encore) numérisées ? »

Il ne s’agit pas, en effet, « que les initiatives de « l’Occident » en faveur du livre électronique, aussi bien intentionnées qu’elles soient, contribuent très largement à une subtile forme d’impérialisme culturel (à défaut d’un meilleur terme pour désigner ce phénomène) ».

Worldreader serait actuellement « en train de concevoir une plateforme de diffusion électronique à l’intention des auteurs et éditeurs africains. Les élèves et étudiants africains pourront ainsi plus facilement découvrir les œuvres d’auteurs locaux, ce qui fait partie des objectifs des systèmes d’enseignement dans les pays d’Afrique ».

Une démarche qui se heurterait, d’après lui, à des difficultés : « lorsque l’association a démarché des éditeurs et des auteurs locaux pour qu’ils mettent gratuitement du contenu à disposition, elle n’a pas toujours reçu un accueil des plus chaleureux [...]. Mais quand Worldreader a proposé que ce contenu soit numérisé et diffusé moyennant 1 dollar par ouvrage, beaucoup se sont soudain montrés très intéressés ». M. Tucato rappelle que Worldreader propose 240 œuvres d’auteurs africains, co-publiées via la plateforme Amazon (la liste est en lien).

Michel Tucato met l’accent sur l’enjeu du numérique, un enjeu de taille pour les éditeurs : « On ne sait pas encore ce que ces efforts finiront par produire (si tant est qu’ils aboutissent), mais, manifestement, nombre des modèles économiques adoptés depuis longtemps par les grands éditeurs occidentaux vont bientôt subir (voire subissent déjà) des chocs majeurs (et qui, peut-être, menacent leur survie) en raison de l’émergence du livre électronique. Comme dans d’autres secteurs qui devront probablement évoluer pour assurer leur avenir, il se pourrait que certains des modèles les plus intéressants apparaissent sur ce que l’on appelle les marchés « frontières » ou « pionniers ».

Des enjeux d’importance certes, mais nous pourrons tout de même émettre quelques réserves vis à vis de la démarche de l’ONG Worldreader. Il est monnaie courante d’attribuer des motivations exclusivement vénales aux éditeurs africains. Ces derniers ont pourtant bien souvent fait les frais d’aides étrangères sans lendemains, et leur réticence est peut-être également interprétable en ce sens. Nous pouvons de même nous interroger sur un problème périphérique : à l’heure où les technologies liées au Print On Demand (définition Wikipedia en lien) n’ont pas encore apporté des garanties suffisantes à un strict respect de la chaine du livre (un particulier pouvant tout à fait faire l’acquisition d’une machine d’impression à la demande), l’introduction massive de contenus numériques en Afrique ne risque-t-elle pas, aussi, de porter tort à l’activité des libraires ? Des questions que nous laisserons ouvertes…

D’après un article de Michael Trucano publié sur le portail Web de la Banque Mondiale (en lien).

 

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