L’édition numérique en Afrique subsaharienne et dans le monde arabe

L’auteur de cet intéressant article inspiré de l’ouvrage d’Octavio Kulesz L’édition numérique dans les pays en développement entame sa réflexion en soulignant les enjeux du numérique en Afrique subsaharienne et dans le monde arabe, où « le taux de pénétration de la téléphonie mobile est de 41% et 79,4%, et celui d’Internet de 9,6% et 24,9% ». Ces considérations faites, l’article se propose d’étudier quatre technologies différentes : « les plate-formes online, les e-readers ainsi que les tablettes, l’impression à la demande (ou POD) et enfin les téléphones portables ».

Première technologie, celle des plates formes de ventes d’ouvrages numériques, des « initiatives prises par des groupes pré-existants» comme Kalahari, « qui a lancé en 2010 une rubrique de téléchargements numériques, avec un catalogue de 220 000 e-books et de 50 revues électroniques ». Le groupe a récemment « lancé sa propre application pour ordinateurs et téléphones portables pour permettre la lectures des e-books vendus en ligne ».

Dans le domaine universitaire, on trouve « ensuite les initiatives de publication en open access, comme la maison d’édition Human Sciences Research Concil Press, qui dépend de l’Agence sud-africaine de recherches en sciences humaines ».

Deuxième technologie, les e-readers, « réservés à la couche la plus fortunée de la population, que ce soit en Afrique subsaharienne ou dans le monde arabe, où l’iPad est considéré comme un produit de luxe ». Si, « en 2011, seuls sept pays d’Afrique ont accès au Kindle », l’auteur de l’article relève d’ailleurs l’existence de l’ONG Worldreader sur ce « terrain ». Nous nous permettrons d’ailleurs d’exprimer une fois de plus nos doutes à l’endroit d’un projet qui vise littéralement à inonder l’Afrique d’un million de liseuses gratuites (excusez du peu !)… Signalons aussi que la République Démocratique du Congo a récemment commercialisé une tablette numérique nommée « Way-C ».

Troisième technologie, l’impression à la demande. La maison MouseHand en Afrique du Sud permet ainsi « aux auteurs de commercialiser leurs livres en POD ou de les vendre en format numérique ».

Enfin, l’auteur met en avant le quatrième domaine technologique, soit la téléphonie mobile et son taux de pénétration « quatre fois supérieur à celui d’Internet, que ce soit en milieu urbain ou à la campagne ». Dans ce domaine, différentes sociétés ont déjà investi, à l’image de Kotobarabia, en Égypte.

Différents enjeux certes, et nous comprenons que ces questions tiennent beaucoup à cœur les pôles des métiers du livre de la région aixoise (nous sommes d’ailleurs issus de la filière « Le Monde du Livre » de Joëlle Gleize), notamment portés par les dynamiques du projet OpenEdition. Mais nous aurions cependant souhaité que d’autres niveaux tout aussi essentiels de la question du numérique soient abordés. Mentionnons, par exemple, la diffusion des catalogues sur Internet et le développement de bases de données d’éditeurs « du Sud ». Ces outils font encore cruellement défaut aux professionnels comme aux consommateurs mais certains projets comme la récente refonte de l’association Afrilivres laissent présager de prochains développements dans ce sens.

Nous nous permettrons par ailleurs de signaler, en addendum à cet intéressant article, que les éditions Jeunes Malgaches (Madagascar) ont récemment publié leur premier ouvrage numérique avec des logiciels libres et en partenariat avec l’Association Francophone des Graphistes Libres (AFGRAL).

Il est très fréquent de formuler mille et une recommandations aux éditeurs du Sud (j’ai par ailleurs été le premier à le faire, à tort).  N’est-il pas préférable de simplement reconnaitre les efforts que les maisons d’édition « traditionnelles » font pour développer leurs catalogues ? Ces dernières concurrenceront peut-être bientôt (qui sait) leurs confrères du Nord, sur leur propre terrain (les éditions tunsiennes Elyzad font par exemple partie de la sélection finale du Prix des cinq continents).

Il faut enfin prendre garde de ne pas tendre à désavouer les structures professionnelles africaines en pointant du doigt, systématiquement, leurs carences par rapport à un « Nord » dont l’édition, sur un certain nombre de points, n’a pas beaucoup de leçons à donner !

[D’après un article publié sur le Carnet de recherche « Le Monde du Livre »]

[Nous renvoyons au travail d’Annie Chéneau Loquay consacré à l’implantation des TIC en Afrique].

[Ce billet est également publié sur le portail de la revue Africultures]

 

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